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Il est temps que l'hymne national du Canada soit neutre

(Une version plus courte de ce discours a été livrée au Sénat le 11 avril, 2017.)

 

Projet de loi C-210 – Loi modifiant l’hymne national (genre)

Je suis heureux de me lever aujourd’hui pour soutenir la troisième lecture du projet de loi C-210 d’initiative parlementaire de feu l’honorable Mauril Bélanger visant à faire de notre « Ô Canada » un hymne national sans distinction de genre.

J’aimerais le citer quant à la portée de ce projet de loi :

« Avec mon projet de loi, je souhaite rendre hommage à toutes les femmes qui ont travaillé et lutté pour bâtir et façonner le Canada tel que nous le connaissons aujourd’hui. J’aimerais qu’on puisse enfin honorer leurs sacrifices et leur contribution » [TRADUCTION].

Le changement proposé remplacerait « all thy sons command » par « all of us command ». Le fait de changer deux mots, de « thy sons » à « of us » rendrait les paroles de la version anglaise de l’« Ô Canada » non discriminatoires et inclusives. Les paroles de la version française sont sans distinction de genre et inclusives.

Il est intéressant de noter que la phrase « True patriot love thou dost in us command » figurait dans les paroles anglaises initialement convenues en 1908.

En 1914, l’année où a éclaté la Grande Guerre, ces mots ont été remplacés par « True patriot love in all thy sons command ».

Il n’existe aucune indication expliquant pourquoi le changement pour « sons » a été fait, bien qu’il soit bon de noter que le mouvement des suffragettes était au sommet de sa controverse autour de 1913. Entre 1914 et 1916, nous avons connu un important élan de patriotisme lors de la Première Guerre mondiale, époque où seuls les hommes pouvaient servir dans les forces armées.

Les temps ont changé et, depuis 1989, l’accès à tous les postes militaires a été ouvert aux femmes, à l’exception du service à bord d’un sous-marin, qui ne leur a été accessible qu’en 2000. Au cours des années 1990, l’intégration des femmes aux postes de combat a permis d’augmenter le bassin de recrutement potentiel d’environ 100 pour cent, et d’offrir la possibilité à toutes les personnes de servir leur pays en fonction de leurs capacités.

Les discussions liées aux aspects discriminatoires de l’hymne, comme l’utilisation exclusive de « sons », ont commencé à apparaître dans les années 1950.

En 1990, le conseil municipal de Toronto a voté en faveur du remplacement de « sons » pour « all of us » dans le but d’être moins discriminatoire.

En 2002, l’ancienne sénatrice Vivienne Poy a présenté un projet de loi proposant la même idée, mais ce dernier est mort au Feuilleton.

En 2010, le discours du Trône a laissé entrevoir une intention d’examiner la « formulation anglaise neutre de la version originale de l’hymne national »; le gouvernement a cependant modifié son objectif du fait d’une certaine opposition à l’époque.

En 2013, une campagne intitulée « Restore Our Anthem », visant à retourner aux paroles sans distinction de genre de l’Ô Canada de 1908, a été lancée avec à sa tête des femmes de premier plan, dont :

  • L’ancienne sénatrice Poy;
  • L’auteure Margaret Atwood;
  • L’ancienne première ministre Kim Campbell; et
  • L’ancienne sénatrice Nancy Ruth.

 

L’honorable Mauril Bélanger a d’abord présenté son projet de loi d’initiative parlementaire sur les changements à apporter à l’« Ô Canada » le 22 septembre 2014, à la Chambre des communes, en tant que projet de loi C-624 : Loi modifiant la Loi sur l’hymne national (genre). Le Parlement s’est ajourné avant que le projet de loi puisse être soumis à un vote.

En 2015, Mauril Bélanger a commandé un sondage d’opinion sur la question auprès de Mainstreet Technologies. Les données recueillies ont témoigné d’un appui solide envers la modification proposée : 58 % ont approuvé le changement et seulement 19 % étaient en désaccord. Les résultats reposaient sur des questions posées à plus de 5 000 Canadiennes et Canadiens.

Le 27 janvier 2016, à l’aide d’un programme texte-parole sur son iPad, l’honorable député d’Ottawa-Vanier, qui a défendu ce projet de loi pendant plusieurs années, a présenté de nouveau son projet de loi d’initiative parlementaire intitulé « Loi modifiant la Loi sur l’hymne national (genre) ».

Le 6 mai 2016, l’honorable député d’Ottawa-Vanier a présenté son projet de loi en deuxième lecture.

Vous vous souvenez peut-être du passage mémorable et chargé d’émotions de l’honorable député à la Chambre des communes, le 15 juin 2016, pour s’assurer que le projet de loi C-210 passe au vote après la troisième lecture au Parlement. Le projet de loi a été approuvé le 15 juin par une forte majorité de 225 contre 74. Plusieurs parlementaires se sont immédiatement levés pour chanter l’« Ô Canada » à la Chambre des communes avec les mots « all of us ».

Après un débat en profondeur en deuxième lecture au Sénat, et à la suite du décès, le 15 août 2016, de l’honorable député atteint de sclérose latérale amyotrophique (SLA), le projet de loi a été soumis à un examen article par article le 6 décembre 2016 devant le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie.

Le Canada n’est pas le premier pays à vouloir rendre son hymne plus inclusif. En 2012, l’Autriche a changé son hymne dans le but de reconnaître les femmes. En 2015, la Suisse a lancé un concours afin de trouver des paroles plus modernes à son chant national, qui parlait aussi exclusivement de fils (« sons »). Les nouvelles paroles choisies sont sans distinction de genre.

En conclusion, j’aimerais rappeler à cette Chambre que bien que le projet de loi 

C-210 soit un projet de loi d’initiative parlementaire, il est fortement soutenu par le gouvernement. De plus, la Chambre des communes a approuvé les modifications avec le soutien de 75 % des députés, y compris le soutien de chaque parti représenté à la Chambre des communes.

Le projet de loi C-210 a également été soumis sans modifications au comité sénatorial sous la gouverne de l’ancienne sénatrice Nancy Ruth, qui est l’une des championnes de la campagne« Restore our Anthem » et du mouvement « all of us ».

Depuis le 1er juillet 1980 (moment où l’« Ô Canada » est devenu notre hymne national officiel), dix projets de loi d’initiative parlementaire ont été présentés au Parlement pour modifier la deuxième ligne de la version anglaise de l’hymne pour y ajouter des mots incluant les deux genres. Aucun de ceux-ci n’a été adopté. Le projet de loi C-210 est le onzième projet de loi à proposer une modification non discriminatoire, qui a finalement progressé vers un vote de troisième lecture au Sénat.

Les changements aux paroles de l’« Ô Canada » au fil des années ont démontré que cet hymne est évolutif et qu’il s’est modifié pour refléter les réalités de la culture canadienne. La Loi sur l’hymne national indique clairement que les mots de l’Ô Canada relèvent du domaine public. Ce sont nos mots. Ils appartiennent à toutes les Canadiennes et à tous les Canadiens. Nous pouvons les changer.

C’est grâce à Mauril, comme il aimait être appelé, un homme courageux et déterminé, féministe et fier grand-père de deux petites-filles, que le projet de loi C-210 a fait son chemin au Parlement avec l’aide de femmes et d’hommes partageant le même avis issus de tous les partis à la Chambre des communes.

Les temps ont changé, et c’est maintenant au tour du Sénat de poser le bon geste.

Nous avons l’occasion de rendre justice aux femmes canadiennes du passé, du présent et de demain.

Témoignons de notre respect et de notre reconnaissance égalitaire de tous les genres en approuvant les paroles « all of us command ».

Je soutiens fortement le projet de loi C-210 selon sa valeur propre et j’encourage mes collègues sénateurs à voter en faveur de ce dernier afin que toutes les Canadiennes et tous les Canadiens puissent chanter notre hymne national en tant qu’égaux le 1er juillet lors des célébrations de notre 150e anniversaire et à l’avenir.

Merci.